24 juin 2007
Chez Alif - famille? Tavildara, Tadjikistan
Chez Alif, veuve, mere de 4 fils, vivent la cousine handicapee de feu-son-mari, sa belle-mere mourante, sa belle-fille attendant patiement le retour annuel de son mari de Russie, ses plus jeunes fils preadolescents, et ... la prunelle de ses yeux, la lumiere de ses jours, son petit fils d'un an!
D'un premier abord, tout les elements sont reunis pour fabriquer un bel "objet-famille" : les generations, la progeniture, un toit et la vache!
Mais nous ne nous sentons pas dans une "famille"... ou est la nuance?
Alif, une mere? Oui, et par quatre fois! Quand nous l'avons rencontre, nous n'aurions su lui donner d'age : une femme mure et plantureuse mais qui regardait coquettement le chauffeur dans le retroviseur de ses beaux yeux bleus de jeune fille! Elle veut tout essayer, nos boucles d'oreilles qu'elle ne veut pas quitter "jusqu'a la photo de groupe", nos cremes qu'elle aimerait bien ranger sur son etagere. Nous ne parlons pas le meme langage, ses mimiques en sont d'autant plus manierees et femines!
Veuve? Arrivees chez elles devant un bon chai, elle s'esclaffe avec sa copine, la voisine d'a cote... Et oui, elle a un amoureux, il habite a Tavildara et a deja une femme... mais - shhh! Sa belle-fille entre, elle ne doit pas savoir.
Femme enorme, charmeuse, orientale, tournee vers elle-meme. Nous avons un sentiment etrange d'injustice : pas un moment aurions nous doute que ces ados disgracieux etaient ses fils plutot qu'une lointaine connaissance. Pas un bonjour, pas un bonne-nuit, injonctions a l'imperatif et coup de pieds au cul pour que le plus jeune rattrape les vaches sur le chemin des paturages! Tant que l'enfant tete, il semble roi ... puis...
Son petit-fils est adule. Nous assistons a une vision penible, lorsqu'Alif revient le sac rempli de bonbons pour cet enfant qui ne connait que le lait. Elle les deverse devant lui puis en jette un ou deux a travers la piece a ses propres fils qui se precipitent en reniflant.
La cousine aussi a droit a sa part de bonbons... handicapee, elle s'affaire partout a la fois, servant, rangeant, balayant... elle trouve sa place en travaillant, ce qui laisse d'autant plus de loisir a la mere! Presente a travers tout l'album familial, elle a berce tout les enfants de la famille, peut-etre meme le defunt pere! L'idee etrange qu'elle vit desormais avec que des pieces rapportes de sa propre famille nous traverse...
Elle se fait diriger par la vrai maitresse de famille : la belle-fille de 20 ans.
Cette jeune femme mariee depuis deux an et mere depuis un nous observe, nous cajole et nous bouscule. Comment se positionner par rapport a nous? Plus jeune que nous, elle est mariee a un epoux absent, dont la grosse moto poussiereuse hante la grange. Mere de l'enfant, son sein rond et blans surgit occasionellement de son giron pour le nourrir.
Coquette, elle applique sans cesse une creme sur son visage tache par le soleil. Elle passe du rire (toujours un tantinet cynique) a l'autorite en prenant notre linge des mains pour nous montrer vigoureusement comment laver un pantalon. Cette jeune femme occupe prematurement la place laisse vacante par une belle-mere reveuse dans une maison sans hommes...
Elle depoussiere la chambre ou dort son fils, nous y entrons pour admirer le berceau, mais une odeur nous prend a la gorge : une forme humaine est couchee au sol. C'est la grand-mere! La belle-fille nous fait un signe du sommeil avec une grimace, "elle est morte". Quoi! Mais non, nous avons mal compris ce geste, qui d'habitude signifie le trepas. Mais ce corps inerte gisant dans la chambre ne doit pas en etre loin...
Les laisses pour-compte sont pourtant bien ces fils sans pere et d'une certaine maniere sans mere. Ce n'est pas une belle-soeur de 3 ans de plus qu'eux qui leur donnera de l'affection qu'elle n'a pas. Dans cette maison de femmes, ils doivent se sentir un peu de trop! Famille? Communaute de desherites!
Autres familles tadjikes :
Murodkhon, Mariage a l'aveuglette - Khojand
Les gens des montagnes - Khragush
Kara-Suu, silence... - Pamir
23 juin 2007
Murodkhon, mariage a l'aveuglette - Khojand Tadjikistan
Murodkhon a 19 ans, il vit a Khojand depuis ses 13 ans pour le collège, lycée, puis l'Université. Ses parents habitent a deux heures de route de la, dans un petit village, Murodkhon rentre tous les week-end voir sa famille, aider. Ses deux petits frères partent en Russie travailler pour payer les études de leur grand-frere, et aider les parents. L'argent est mis dans une caisse commune, pour la famille.
A 19 ans, Mourodkhon se marie. Ses parents se font vieux, ils ont la cinquantaine et ont eu leurs fils tard. Il faut quelqu'un pour s'occuper d'eux. La mère de Murodkhon trouve donc une belle fille, le mariage a lieu un week-end, au retour du fils de Khojand. Le mariage est célébré, le voile de la mariée relevé, Murodkhon découvre sa femme. Elle est très jolie! Ensemble ils auront deux enfants, deux filles. Il continue ses études de juriste, étudiant la semaine, père, mari et fils le week end. Sa femme reste auprès des parents. L'année prochaine, il cherchera du travail, et ira ou cela le mènera, emmenant sa femme, ses enfants. Ils vivront ensemble pour la première fois. L'argent qu'ils gagneront ira dans une caisse commune, pour la famille.
Nous croisons au Tadjikistan de nombreux hommes a l'histoire similaire. Ils sont jeunes, ont souvent plusieurs enfants, devenus maris et pères de famille soudainement. Nous apprenons a appréhender ces histoires avec des yeux nouveaux, quittant notre regard d'européennes. Sécurité, communauté, plutôt que manque de liberté... Une autre forme d'amour, que nous avons du mal a concevoir.
Mais qui sait ce qui se passe dans ces maisons ou 3 voir 4 générations vivent ensemble, communautés de femmes attendant le retour de l'homme parti en Russie, ou la belle-mère règne, ou s'abandonne... C'est parfois le beau-père, seul homme présent, qui prend ce rôle. Nous quittons bien souvent ces maisons en n'ayant eu que des contacts avec les hommes, il est difficile d'atteindre ces jeunes belles-filles. Jalousie, timidité, indifférence?
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16 juin 2007
Laureates FDAIJ - Juin 2007
Nous sommes laureates de la Bourse Envie d'Agir, de la FDAIJ (Fonds Departemental d'Aide a l'Initiative des Jeunes) pour un montant de 700 euros.
Merci a Laure et Catrine qui ont defendu le projet pour nous!!
11 juin 2007
Sabyrbek, petits secrets en famille - Bichkek, Kirghizistan
C'est l'histoire d'une famille de Bichkek. Le grand-pere est un celebre ecrivain kirghize, ses portraits hantent la maison. Maison propice a l'acceuil, qui devient un hotel pour backpackers. Trois freres habitent la. Deux dans la maison, un dans une case, dans le jardin, peuplee de bouteilles en plastique et autres dechets... Il traine le soir, et nous le croisons babillant, clope au bec. Folie douce, qui impregne cette maison d'une atmosphere etrange...
Trahisons parfois, comme la cousine, qui habite depuis plus de 10 ans dans la famille, et qui a decide cette annee d'ouvrir une guesthouse concurrente un peu moins chere a quelques pates de maison. C'est un secret nous dit elle, soyez discretes... Elle sort de la poche de sa robe de chambre sa carte, qu'elle nous file en douce...
Violence aussi, comme ce soir ou nous rentrons et tombons sur un tribunal de famille. Toutes les generations sont reunies, attablees dans la cuisine. C'est la meme cousine qu'on juge. Elle a ose critiquer les ecrits du feu grand pere dans un colloque, pensant que personne de la famille ne se trouvait dans l'assemblee. Rate, la secretaire du grand pere etait la, elle fait quasi partie de la famille, et est allee tout rapporter... Eclats de voix, poing sur la table, il y a des moments ou on prefererait ne pas avoir de famille...
Nous aimons cette maison, ou la famille vit sa vie, entre monotonie et coups d'eclats, parallellement aux touristes qui passent et repassent... On s'y sent un peu comme chez soi, ce qui fait du bien.
Autres familles kirghizes :
Alcool, Famille... - Barksoon
Les femmes de nos campagnes - Sary Chelek
10 juin 2007
Les femmes dans nos campagnes - Sary Chelek, Kirghizistan
Elle lutte par tout les moyens, donne des coups de griffes, des coups de pieds, mais la foule de femmes
l'extraie de la voiture et la tire de force dans la maison. L'harrassement de ces femmes mariées est assourdissant. Elles lui mettent systématiquement un voile blanc, symbole du mariage, qu'elle retire aussitôt. D'épuisement, en sanglots, des heures plus tard, elle n'a plus la force de lutter, le voile reste maladroitement pose sur sa tête. Elle est mariée, son destin scelle a celui de l'inconnu dans la pièce a cote...
Cette scène de film met en scène un enlèvement au Kirghizistan. Les jeunes filles sont enlevées en voiture et amenées dans la maison du jeune homme, ou toutes les femmes de la famille tentent de convaincre celle-ci d'accepter le voile, c'est a dire l'homme pour époux. En réalité elles n'ont pas vraiment le choix car
refuser entraîne une déchéance sociale. Leur réputation est faite et plus aucun prétendant ne se présentera... Pression sociale.
Nous n'avons pas rencontre directement de femmes enlevées, mais des histoires circulent: La collègue d'un-tel qui n'est pas rentrée au village depuis plusieurs années, car non mariée, elle est une cible idéale pour un enlèvement: elle parle anglais, kirghize et un petit peu français, travaille et a fait des études... Telle autre amie d'amie a qui c'est arrive a lutte des heures durant et a finalement réussi a repousser les femmes: une fois le voile refuse, son futur beau-père s'est allonge sur le pas de la porte... impossible de la franchir sans l'offenser mortellement!
Ce phénomène, apparu il y a peu, ne tient d'aucune pratique ancestrale, mais plutôt d'une situation économique désastreuse au sortir de l'URSS qui ne permettait plus aux familles de subvenir aux coûts nécessaires d'une fête de mariage en bonne et due forme... Le mariage, consomme dans la foulée, est irrémédiable!
Dans notre film kirghize, la jeune fille en question est de la ville, et son mari des champs. Tout le propos est son acclimatation a la vie en yourte et dans les jailoo (pâturages d'été) Elle s'accommode vite de son cavalier viril et pour finir gambade joyeusement dans les champs en tenue traditionnelle sur fond de musique rock... Notre impression de la vie des femmes dans les campagnes a été toute autre!
Par exemple cette jeune mère, près du lac Sary Chelek, qui avait sûrement notre âge, mais déjà deux enfants en bas âge, enceinte jusqu'aux dents... Porte des litres et des litres d'eau de la rivière, traite les vaches matin et soir, des journées plus que remplies de travaux en tous genres...
Le soir, une minute pour profiter de son fils qui braille le reste du temps dans les bras de sa grand-mère. Ici une femme quitte le foyer de son père pour rejoindre celui de son mari. Le commandant en chef est la belle mère. Situation qui nous apparu tout d'abord bien insupportable, mais nos yeux myopes d'occidentales se sont aujourd'hui acclimate aux couleurs du pays : Ce qui nous paraissait être de l'esclavagisme est surtout un système bien rode d'entraide et de sécurité... Dans des temps difficiles, l'appui d'une famille est ce qu'il y a de plus précieux...
Autres familles kirghizes :
Alcool, Famille... - Barksoon
Sabyrbek, Petits secrets en famille - Bichkek
09 juin 2007
Alcool, famille... - Barksoon, Kirghizistan
Le vent balaye la plaine, nous quittons Barksoon pour parcourir a pied les 8 km qui nous separent du lac Issy Kul. Nous traversons les champs bordes d’arbres. Au loin nous apercevons un cheval, entoure de trois minuscules silouhettes qui nous font de grands signes. Les rencontres sont precieuses, nous sautons sur l’occasion !
Premiere impression de joie, qui se transforme vite en desolation... C’est une famille qui est la, une jolie petite fille habillee a la garconne qui beche meticuleusement la terre, pendant que ses parents se roulent par terre en se tapant sur le ventre, les bouteilles de vodka echouees a terre... Un vieux placide, accompagne de son cheval tout aussi serein, semble etre la par hasard, comme nous en somme...
Ils sont sortis de nulle part, titubant dans l’immensite, jurant dans le silence. Leur fille, silencieuse, se rapproche avec un sourire complice un peu gene, paraissant s’excuser de l’etat de ses parents.
Nous restons 10 min a discuter, et c’est quand nous essayons de prendre conge que la violence eclate. La mere, a peine contenue par son mari, rugit, et ses cris nous poursuivent longtemps encore, portes par le vent. « Dyevushka ! Dyevushka ! Vodka ! Nada vodka! » Nous ne comprenons pas le reste, laissant la cette famille ravagee, au couple ronge par l’alcool, famille dans laquelle les roles semblent inverses....
La vodka fait des ravages au Kirghizistan, de nombreux enfants sont envoyes a l’orphelinat, comme Salavat, que nous rencontrons dans la rue a Bichkek. Elle s’en est sortie, elle vit maintenant chez sa professeur
d’anglais (les enfants sont mis a la porte de l’institution a 17 ans), est a l’universite, a toute sorte de projets, apprends l’espagnol apres avoir appris l’anglais, et travaille pour une association qui emmene les orphelins en montagne s’evader de leur quotidien. Mais ils sont nombreux ces enfants qui n’ont pas cette chance ou cette energie, et qui finissent dans la rue, ou « au bazaar ». Ce sujet nous obsede, nous participons a la Journee Nationale de l’Enfant a l’orphelinat de Petrovka avec Alpine Fund, association de Salavat.
Il est difficile d’avoir des informations, l’orphelinat est gere par l’Etat, nous ne savons pas comment les enfants arrivent la... Les enfants recoivent des prix, une exposition de leurs travaux pratiques est organisee, les filles chantent et dansent des tubes russes ou kirghizes. Certains parents sont la, visages marques par la vie... Sans age, une mere se tient debout a l'ecart, sa fille pleurant silencieusement dans son girond, ne desserant pas les bras autour de sa taille. Elle a mis un tailleur par dessus sa blouse de travail, mais ses mains et ses pieds trahissent le dur labeur.
Quel avenir pour ces enfants dans une societe clanique, ou l'on a rien sans famille et relations?
Autres familles kirghizes:
Les femmes de nos campagnes - Sary Chelek
Sabyrbek, petits secrets en famille - Bichkek
07 juin 2007
Voyage, religion d'Occident ?
Il y a eu la Chine, l’Inde, l’Allemagne, le Pakistan, Hong Kong, peut être la Nouvelle Zélande… Il y eu le vélo, la voiture, la moto, la marche, les bus, trains, et parfois l’avion… Il y a eu des couples, des amis, des solos…
Certains voyagent par le biais d’un projet, comme nous, d’autre non… Cela ne nous empêche pas de partager les mêmes doutes, les mêmes réflexions. Réflexions sur notre perception du pays, et notre positionnement vis-à-vis des locaux. Nous sommes des touristes, nous l’assumons. Comment remercier, comment agir pour aider les personnes rencontres ? Argent, cadeaux, moments passes ensemble ? Chacun cherche sa manière d’exprimer sa perception. Réflexion aussi sur le but de son voyage, ce que l’on recherche. Exotisme ? Aventure ? Détachement ? Défi de tout quitter, beauté et élégance, rencontres et chaleur humaine, place ou s’installer, vacances, mythique Route de la Soie… ?
Réflexion sur la confrontation de la projection de l’ailleurs a la réalité du voyage et de la decouverte. Lassitude, quotidien, émerveillement…
Et enfin rapport a la fin du voyage. Certains ont un but précis, un billet d’avion en poche, d’autres non, et parfois ne savent pas d’où repartir, ni quand. Quand repartir, ou quand s’arrêter… Noé et Célia sont partis en voiture de Suisse, ils comptent s’installer en Nouvelle Zélande, ou aux Philippines, en Australie, ou en
Thaïlande… L'itinéraire a parti de la Chine n’est pas défini, ni la durée. Anouck est partie avec Katia pour 6 mois d’Istanbul à New Delhi, elle rentrera finalement plus tôt, elle ne se retrouve pas vraiment dans le voyage, la lassitude la gagne, et quelque chose d’important a construire l’attend en Suisse…
Tous ces Occidentaux que nous sommes se retrouvent pour une bière, un repas, le soir à l’hôtel, mais aussi parfois pour un petit bout de chemin ensemble. C’est bien agréable. Mais cela correspond il a ce que nous recherchions en partant, l’immersion ? Cette immersion n’existe elle que dans nos têtes ?
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02 juin 2007
Laureates Bourse Paris Jeune Aventure - Juin 2007
Nous sommes laureates de la Bourse Paris Jeune Aventure, de l'association Aventure au Bout du Monde pour un montant de 1000 euros!
Ainsi notre future installation aura sa place dans Paris comme a Suresnes! Rendez-vous l'annee prochaine pour cet evenement.
Merci encore a Catrine!!
15 mai 2007
Laureates Culture Aventure - Mai 2007
Nous sommes laureates de la Bourse 3600km.net.
Grace a l'aide de Catrine qui a soutenu notre projet, nous avons obtenu une aide de 700 euros!
12 mai 2007
Sabina et Rushana - Femmes avant l'age - Bouchara - Ouzbekistan
Visage rond, regard percant, habillee a la ouzbek avec sa tunique mi jambe et son pantalon court assorti. Sabina nous parle dans une anglais et un francais parfait. Son aplomb et son assurance nous deroute : quel age a-t-elle? 16 ans, parle 11 langues dont le breton. Travaillant dans la rue depuis on enfance, elle demarre avec une pile de carte postales, et a aujourd'hui son "shop", etalage d'assiettes, de foulards et d'artisanat ouzbek sur le chemin qui mene entre le deuxieme bazar couvert et le grand minaret de Boukhara : " Si vous venez dans le coin, vous etes sures de m'y trouver : entre 7h et 20h je suis partout a la fois!"
On l'y retrouvera, sur le chemin du hammam ou elle nous accompagne... Femmes de tous ages, de toutes formes de seins, de fesses deambulent dans la moiteur.
-"T'as pas de seins mais t'as un beau cul" inspecte-elle... - "et toi, t'as un copain?" Oui, depuis l'enfance, toujours le meme, et ils s'aiment d'un amour de grands depuis le debut. Depuis quelques mois, il etudie en Angleterre. Elle a fait sa demande de visa, et est deja acceptee a l'universite, prete a le rejoindre a tout moment.
Tout est prevu: 5 ans d'etudes et de travail, retour a Boukhara pour l'ete (2013) pour se marier, et - cerise sur le gateau - un voyage de noces a Venise! Son reve!
Nous ne nous quittons plus. Apres le hammam, diner au resto russe Le Gulliver, puis dodo a la belle etoile sur la terrasse de sa maison. Une amitie qui nait et une plongee dans la vie d'une jeune bouchariote (donc tadjik s'il vous plait) qui a grandit avec le tourisme.
Orpheline de pere tres jeune, Sabina n'a pas eu de tutelle depuis l'enfance. Ses oncles? Pas une bouchee de pain lorsqu'elle, sa mere et sa soeur etaient dans le besoin : ils n'ont rien a dire. Du coup, elle apprend tout des touristes : les langues, son business... Meme sa religion, elle l'apprend dans la rue au contact des mollahs du minarets, toujours d'accord pour repondre a ses nombreuses qestions et relever ses defis. In fine la reponse se trouvait toujours etre "Lis le Coran, toutes les reponses a tes questions s'y trouvent" Ce n'est qu'a 15 ans qu'elle le trouve en version ouzbek, et l'avale tout cru, du moins pour ce qui concerne les femmes. "J'ai peur de devenir une terroriste si j'en lis plus!" Ce qu'elle y trouve la boulverse : auparavant jeune effrontee, elle ne quitte maintenant plus le hijab et compte bien le porter dans les rues de Londres.
Elle aime bien ses differences, Sabina, et tient ses positions! Notamment face a sa grande soeur, la vorace Rushana - 20 ans - reine des affaires - qui a son propre magasin de tapis dans le marche couvert. " Toi, tu ne sais pas marchander, je le vois dans tes yeux!" - pourquoi? T'y vois quoi? - " T'es trop gentille, tu voudras pas me faire de peine"...
Rushana connait l'ailleurs, Sabina y aspire.
Rushana, au contact des touristes y est confronte tous les jours- et elle y goute avec son amoureux : le fameux breton (ceci explique cela). Venue en region parisienne plusieurs fois, elle n'y trouve pas tout a fait son compte. Bouchara est son domaine, elle y maitrise son avenir, alors que la France, c'est l'inconnu, l'incertitude, la solitude et la dependance... Ca, elle connait de son enfance et elle n'en veut plus!
Ces deux femmes marchandes font tourner la baraque. On nous parle vaguement d'un beau-pere, absent. Les filles entretiennent leur mere, cocquette et couteuse: Les roles semblent inverses et ces jeunes femmes endossent un role bien au dela de leur age.
Sabina et Rushana font exception, la liberte laisse par l'absence du pere leur a permis d'etre maitresses de leurs destin ou l'ailleurs a une large part : Femmes en Ouzbekistan, leur avenir n'est pourtant pas deja trace.
Qu'en sera-t-il de leur petite cousine de 5 ans, adorable, qui au petit matin rassemble toute seule sa pochette avec un grand sourire.... "Elle va a l'ecole?"
"Non! elle est trop jeune! L'annee prochaine.... Elle va au travail vendre ses cartes postales..."
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