Paris Tokyo - De Famille en Famille

15 août 2007

Sayonara, Asie....

La premiere séquence de notre projet, le voyage, est réalisée.

A bientôt pour le deuxième volet : notre installation, La Tente des Familles, prévue au printemps 2008.

Merci de votre soutien et de l'interet que vous avez porte a notre periple! Merci aux familles pour leur accueil!

Amélie & Agnès

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03 août 2007

Reiko, une femme toute a ses hommes... ou presque! - Fuku Mitsu, Japon

Reiko est la première personne a qui nous demandons le chemin vers la ville de Johanna. Nous sommes a Fukumitsu, la journée se termine et nous cherchons a avancer en stop sur la route. - "Johana? Je vous y emmène!".

SSC_0664Née et élevée a Tokyo, elle habite dans une petite ville de campagne pour y avoir suivi son mari qui y a une entreprise familiale. Ils se sont rencontres a l'université a Tokyo. Elle y étudiait la linguistique et lui la littérature. A un séjour de ski organise par l'école -"il skiait très bien" - ils se rencontrent puis se marient en kimonos traditionnels. Car son mari est plutôt du genre mari traditionnel selon elle, "Le Japon change aujourd'hui - mais mon mari est de l'ancienne école. Ce n'est pas a lui d'élever les enfants".

Trop inquiète pour nous, elle hésite a nous proposer de venir chez elle car a peur de déranger nos plans d'auto-stoppeuses. "On pourrait? Merci beaucoup!" Nous sautons sur l'occasion de continuer a bavarder avec cette femme qui nous paraît déjà être une amie, et de rencontrer cette famille dont elle nous parle : Ils ont trois fils dont les talents nous sont dévoilés petit a petit, en éventail qui se déroule au fur et a mesure de la soirée.

SSC_0667Le plus jeune, c'était le petit dernier, elle l'a berce un peu plus longtemps que les autres et garde un lien privilégié avec lui. Il veut être comédien et prépare des concours sélectifs pour entrer dans un lycée de comédien, qui prépare a l'université de comédien...  Le fils cadet joue de la trompette dans la fanfare de son lycée qui a gagne le concours régional de fanfares d'écoles. Le métier de trompettiste lui paraissant impossible, il souhaite devenir ingénieur du son. Le fils aine, lui, travaille dans la région de Gifu, voisine du Honshu ou se trouve Fukumitsu. Il a 20ans. Tout ce que nous apprenons sur lui est sa volonté de reprendre l'entreprise familiale. "Au début il ne voulait pas, mais aujourd'hui il en parle". Reiko semble accompagner ses fils dans leurs projets de vie, "mais a conditions qu'ils travaillent!".

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Lorsque nous arrivons chez elle a 19h, la maison est vide et explosee.. "J'avais karaté hier, je n'ai pas eu le temps de ranger". Karaté? Reiko est ceinture noire, pratique le karaté avec son plus jeune fils depuis 8 ans. Elle nous esquisse deux gestes "de base" et en un mouvement précis, rapide et contrôle, cette petite mère de famille se transforme en acier. Elle range son kimono et sa ceinture dans son sac de sport puis range des papiers disperses ou des lignes d'écritures et d'encre se succèdent. - C'est toi? - Oui, elle s'entraîne a la calligraphie chinoise et japonaise. Avant de tout ranger, elle nous montre le "one stroke", technique que sa mère artiste a développe.

SSC_0649Nous préparons le dîner lorsque son mari s'arrête sur le pas de la porte, éberlué par notre présence incongrue a sa table. Une courte explication plus tard, il explose de rire aux incongruités de sa femme. Reiko a fini de remplir les bols de riz et les assiettes, elle retire son tablier. "Je dois filer a mon cours de danse." Elle y apprend le tango, le mambo et son préféré, le tcha-tcha-tcha...

Non! S'écrie son mari en panique. Si! dit-elle en s'éclipsant.

Nous voila seules avec Mamura San, la main droite sur son dictionnaire bilingue.

"Vous connaissez Nokie Edwards?" "Qui?"

... Un grand guitariste américain dont Mamura San a vu un concert pour la première fois a 3 ans et pour qui il voue un culte sans bornes depuis. Il collectionne les albums, certains viennent même de France, et a organise un live dans sa propre ville.

SSC_0656SSC_0653Installés devant la télé, Mamura San occupe le temps en nous montrant toutes les interventions télévisées ou il est apparu. Présentation du concert évènement; Une émission ou il parle de son auteur préféré, installe chez lui devant son étagère des collectors de N. E.; Puis a l'occasion de sa propre promotion lors de sa présentation aux élections municipales etc...

Reiko ne rentre toujours pas, le fils cadet est en cours prives du soir et ne rentrera qu'a 22h, et le dernier est a Tokyo pour une sortie de classe... Mamura San nous montre alors les défilés de fanfare de son fils, et les concours de fanfares télévisés jusqu'au retour de sa femme.

Le lendemain, Reiko nous accompagne jusqu'au croisement de notre route, elle au croisement de sa vie : un mari avec qui elle partage sa vie, mais pas ses hobby, la laisse perplexe et nostalgique. Son mariage est-il une réussite? Elle se pose aujourd'hui la question et a le sentiment d'avoir failli a sa mission unificatrice du foyer. Notre venu a attarde son mari a table, mais rares, selon elle, sont les moments qu'ils partagent en famille...

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Autres familles japonaises:
Chiaki - Osaka

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26 juillet 2007

Chiaki - Osaka, Japon

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Elle est mystérieuse, Chiaki: Grande, belle, fine, visage enfantin, chevilles, mains brûlées et ridées par le soleil et le travail...

Qui est cette fille qui partage notre tatamis sur le bateau? D'où vient elle? Et surtout, ou va elle? Nous sommes habituées aux japonais fous, aux japonais détonants, aux japonais placides que nous avons rencontre sur la route, mais Chiaki, elle, est différente.

Étudiante en agriculture, elle a quitte il y a 4 mois son université pour voyager. Elle était déjà partie sur la route au Japon l'année dernière, en vélo, mais cette fois ci c'est différent, elle part. Pas de date de retour, pas d'itinéraire. Elle prend le bateau pour Tianjin, se dirige vers Beijing, elle embarque pour Bangkok. Elle a des contacts en Thailande, elle va y aider des fermiers. Elle y reste 3 mois, apprend le thai, avant de repartir pour le Laos. Voyage, découverte... Elle enchaîne sur le Yunan, sud ouest de la Chine. Ici encore, elle rencontre des fermiers, cette fois-ci sur un marche, et travaille, avec eux, dans les champs.

Chiaki prend le temps. Elle prend le temps de vivre, et de parler aussi. Ça tombe bien, nous avons deux jours de ferry avant d'arriver a Osaka.

Elle est très intéressée par notre projet sur les familles. La sienne justement est un peu spéciale.

Elle a 7 ans lorsque sa mère, enceinte, quitte la maison, avec ses deux filles. Elle s'installe avec le père de SSC_0269son futur bébé. La grande soeur de Chiaki, de 4 ans son aînée, demande au bout de 3 mois de vivre avec ses grands-parents paternels.. Chiaki la suit. Elle est donc élevée par cette grand-mère, personnage lui aussi mystérieux, qui s'est fait refaire le nez, les paupières et tatouer les sourcils lorsqu'elle était adolescente, et ce grand-père silencieux qui ne communique pas, instituteur perdu dans son savoir. Cris, disputes, mutisme... L'adolescence n'est pas facile. Peu de relations avec son père, qui travaille (beaucoup trop) a Nagoya. Dépressif, seul, chauve. Les mots sont durs! (Nous le rencontrerons pour un déjeuner a Osaka, l'avis de Chaiki est un peu extrême...)

Sa mère, Chiaki la revoit pour la première fois il y a un an seulement. Elle est devenue agricultrice. Drôle de coïncidence...

Habillée de lin ou autres fibres végétales, Chiaki rentre chez elle pour travailler et gagner un peu d'argent. Puis elle voyagera au Japon, pays qu'elle aime tant, pour s'installer la ou cela lui plaira, et vivre de ce qu'elle cultivera et fabriquera.

Cette première rencontre japonaise nous frappe. Cette jeune fille si fraîche et a la fois réfléchie fait des choix importants, qui la mettrait en marge de la société en France. Est ce plus facile au Japon?

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Autres familles japonaises:
Reiko, une femme toute à ses hommes... ou presque! - Fuku-Mitsu

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14 juillet 2007

Calligraphes au fil des generations - Beijing, Chine

Notre première impression en pénétrant dans l'appartement de la famille de Ying fut un immense tableau qui traverse le mur de part en part. Qui a fait ça? C'est Ying, leur fille expatriée en France. Sur le mur d'en face, une photo en noir et blanc montre un vieillard entoure de deux personnes lui serrant la main, sourires extatiques figes par l'objectif: l'arrière grand-père de Ying, Qi Baishi, calligraphe considéré comme un trésor national.

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SSC_0809Au centre de la pièce, la mère de Ying nous acceuille chaleureusement. Petite, la soixantaine, elle a acheté des coeurs de lotus dont nous dégustons les graines en papotant. Vicky, notre interprète, est l'amie d'enfance de Ying. Elle n'est pas revenue dans cet appartement depuis des siècles, mais de nombreux souvenirs y sont rattachés. - Et tu savais que Ying peignait? - Non, mais je l'ai vite découvert en venant chez elle!

En effet : dans cette même pièce sont présents 4 générations de peintres, ou trône au sommet l'arrière grand-père.

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Après un court cours de calligraphie, nous appréhendons l'immense difficulté et la discipline que nécessite la calligraphie chinoise... La mère de Ying travaille des motifs, en crée aussi, perpétue ceux de sont grand-père. Un style familial s'en dégage, appuyé par un symbole très fort : le tampon de l'arrière grand-père, qui orne chacun des dessins de tous ses descendants, promesse que la mère de Ying a faite a son propre père.

Mais n'est-ce pas difficile de toujours assumer une affiliation aussi importante? - Non. Pourtant, c'est une responsabilité qui pourrait parfois être pesante pour une artiste? - Non. ... Difficile d'approfondir en ce sens... Difficile aussi de poser des questions sur le passe, notamment sur l'évolution de la place de l'artiste dans la société chinoise : la mère de Ying en est un témoin vivant. Mais passe, Révolution culturelle comme l'avant ou l'après Mao ne sont pas des sujets a aborder... Incompréhension ou pirouettes, elles sont évitées avec habilité.

SSC_0811Nous passons a la chambre, Ying est sur son ordinateur de l'autre cote de la planète, et chat avec sa mère qui était restée connectée. Ainsi mère et fille sont "branchées" et partagent d'une certaine manière leur quotidien... Nous découvrons une photo de Ying, nouvellement mariée, et de son époux lors de leur dernier passage a Beijing. Ils se sont rencontres a Paris mais sont tous deux chinois. - Vous ne le connaissiez pas avant le mariage?... Loin, elle n'avait pas le contrôle traditionnel auquel elle aurait peut être aspire sur le destin de sa fille. Cependant elle respecte ses choix et apprend a connaître son gendre.

La maman de Ying est réfléchie et réservée, elle inspire un profond respect, médite sur chacune de nos questions avant de nous répondre... Une soirée généreuse ou nous constatons tout de même une fois de plus que la frontière de la sphère intime ne se franchit pas aisément. La tête pleine de questions, nous prenons congé tardivement, la soirée est passée trop vite!

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Autres familles chinoises:
Deuxieme enfant, bon investissement? - Kashgar
Le mystere de la chinoise du 12eme... - Urumqi
Teenager, phenomene universel - Pingyao
Les filles du mur - Simataï

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13 juillet 2007

Les filles du mur - Simatai, Chine

SSC_0816Nous avons rencontre sur la Grande Muraille, entre Simatai et Jinshanling, 3 adolescents, chinois, enfants uniques : Chloe, Sheilia et Sing Sing. Chacun mène sa vie différemment, tous rattaches par des liens familiaux. Sing Sing est le cousin de Chloe qui le prend en charge pour la journée, alors que Sheilia lui rend visite pour la 1ère fois, leurs parents étaient au lycée ensemble.

Chloe : Grande responsable du petit groupe, c'est l'aînée. Elle vient d'être SSC_0818reçue dans la meilleure université de Beijing (un exploit!) pour commencer ses études en septembre. Ses parents attendent beaucoup d'elle. Sérieuse et organisée, elle est aussi très indépendante, c'est elle qui a organise l'expédition de la journée. Une journée sur la Muraille en indépendant, ça contraste fortement avec le tourisme a la chinoise... Ses parents ne sont pas au courant, et elle rentre chez elle a 11 heures du soir sans inquiéter personne... Nous nous sentons presque responsables!

SSC_0823Sing Sing : L'ado taciturne, la tête dans son paquet de chips, qui ne regarde ni ne parle a personne. Des que ses copines ont le dos tourne, il s'évade en grimpant les marches quatre a quatre, le plus vite possible. Victime de la pression que lui mettent ses parents au quotidien pour les études, il cherche a s'échapper... 

Sheilia : Jeune, un peu fofolle, toujours enthousiaste. Elle parle a toutSSC_0825 le monde, chinois ou étrangers, elle connaît Chloe depuis 3 jours mais l'appelle déjà "ma soeur". De bonne humeur, elle éclate de rire et nous parle de pandas et dauphins... Émotive, elle stresse très fort lorsque Sing Sing disparaît, criant son nom, sanglotant... Elle imagine déjà le pire, il est trois marches plus loin.

Ces trois jeunes se construisent dans un pays en pleine mutation, et leurs parents cherchent a les armer au mieux pour leur avenir grâce a la meilleure éducation possible. Pression qui n'est pas toujours bien gérée par les enfants, il est difficile d'être enfant unique, centre de toutes les attentions...

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Autres familles chinoises:
Deuxieme enfant, bon investissement? - Kashgar
Le mystere de la chinoise du 12eme... - Urumqi
Teenager, phenomene universel - Pingyao
Calligraphes au fil des generations - Beijing

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09 juillet 2007

Teenager, phenomene universel - Pingyao, Chine

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Pingyao. Première rencontre "spontanée" chinoise, première invitation a déjeuner. Première, qui sera la seule et unique de nos trois semaines chinoises.

Nous sommes a vélo, aux abords de la vieille ville. Les maisons donnent toutes sur une cour, fermée, par une porte donnant sur la rue... Nous nous attardons devant les quelques portes ouvertes, la vie grouille a l'intérieur. Cuisine, linge, conciliabules de voisinage... Nous nous arrêtons finalement devant une cour pour complimenter le propriétaire sur son beau jardin. Tous les moyens sont bons pour se faire inviter! Surprise! Ça marche! Il nous invite a rentrer, et a garer nos vélos a cote des autres. Une première barrière, physique, est levée. Il en reste plusieurs, celle de la langue, de la différence de culture, de la peur de l'étranger...

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Dans la cour débarquent tous les voisins un par un, intrigués par nous, nos cartes familles, l'incongruité de notre présence... La maison est en fait un groupement d'appartements familiaux, plutôt sommaires. Une famille habite la, oncles, tantes, fils, filles, etc, ils se partagent la maison. Le propriétaire du rez-de-chaussée appelle a la rescousse sa nièce qui parle un mot et demi d'anglais. C'est elle qui fini par nous inviter chez elle, avec sa copine Mei qui ne la quitte pas d'une semelle.. La scène est déroutante, ces deux ados mi femmes mi enfants, minaudant, dans cette pièce aux murs nus.

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En vacances, elles passent leurs journées devant la télé a regarder Super boy, équivalent de la Star Academy, blablatant sur les nouvelles amourettes du gagnant. Gris-gris, robes, paillettes, complicité et rires, l'adolescence est décidément un phénomène universel... Mais ici pas d'ouverture sur l'extérieur, pas d'internet ni d'ordinateur bien sur, et le téléphone n'est la que pour briller de mille diamants en toc. Nous voulions leur créer une adresse mail pour leur envoyer les photos, mais le café internet est ferme, et elles n'y ont jamais mis les pieds...

C'est donc dans notre premier appartement chinois que nous rencontrons cette famille si loin de ce que nousSSC_0674SSC_0671 avions découvert en Asie Centrale. Les liens familiaux ont l'air moins présents au quotidien, le père est absent, il travaille ou ne sait ou, divorce non avoue?
La mère travaille mais rentre pour le déjeuner avec plusieurs amis qui nous observent en riant, éberlués. Le frère est a l'école, il y a donc deux enfants, mais impossible de savoir comment cela a été possible, la famille ne roule apparemment pas sur l'or.

Vie tranquille, en communauté, ou un très court aperçu du quotidien d'une ado chinoise...

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Autres familles chinoises:
Deuxieme enfant, bon investissement? - Kashgar
Le mystere de la chinoise du 12eme... - Urumqi
Calligraphes au fil des generations - Beijing
Les filles du mur - Simatai

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06 juillet 2007

Le mystere de la chinoise du 12eme... - Urumqi, Chine

SSC_0465Notre hôtesse a Urumqi a un rendez-vous important: depuis plus d'un an qu'elle habite cette résidence, c'est sa première invitation chez une chinoise (han, précisons). C'est le lot de nombre d'expatriés que nous rencontrons. Difficile de briser la glace imperméable que les chinois emploient pour protéger leur intimité.

Cette chinoise en question, c'est sa voisine du 12ème étage. Chassés-croisés dans les ascenseurs et dans le hall de la résidences, combien de "il faudrait qu'un de ces quatre nous déjeunions ensemble" avant que notre hôtesse se rende bien compte que si elle ne bouscule pas les conventions, cette invitation restera a jamais une simple formule de politesse!

De but en blanc, elle s'invite chez la voisine, décidée a percer le mystère de cette inconnue. L'intrigue laisse une large place a l'imagination : on l'a vue au bar des expats, en grande pompe, accompagnée d'un homme étranger. Son appartement est le seul a occuper tout le dernier étage de l'immeuble... Duplex? Avec piscine sur le toit? Son allure et sa classe laissent envisager un niveau de vie au dessus de celui d'une chinoise moyenne, et pourtant elle vit seule avec son fils de 4 ans, sa soeur lui rendant parfois visite...D'où vient son argent? Est-elle une de ces "sweet hearts" dont on nous  a parle?

Nous sommes invitées a nous joindre au festin. Solennellement, nous montons dans l'ascenseur qui nous mènera du 7ème au 12ème étage....

Mais c'est une femme ébouriffée en tablier, les mains pleines de farce de Bao-je (dumpling) qui nous ouvre la porte. Elle nous fait signe de nous asseoir près de la table basse mais nous nous rendons vite compte que c'est de l'autre cote de la cuisine que ça se passe. Une autre jeune femme prépare la pâte, elles se sont organisées: l'une prépare les mini-crepes et l'autre les fourre. Nous nous sentons bêtes a l'autre bout du salon "- on peut aider?"SSC_0469SSC_0461SSC_0468

Bientôt toutes autour de la table de la cuisine, très ensoleillée, nous commençons a papoter... Rien n'est prêt et tant mieux! Cette convivialité et simplicité sont loin de ce a quoi nous nous attendions de l'inconnue du 12ème.. " C'est une amie?" Demande-t-on a propos de la deuxième femme."Oui, c'est ma soeur", mais la vraie soeur entre alors avec fracas, trois enfants dans les pattes, et la confusion s'instaure... "Pas ma soeur, une très bonne amie" Aaaah...

SSC_0494Aussitôt, la vraie soeur, relookee de fond en comble, ressort en laissant ses deux enfants et le fils de l'inconnue du 12ème vaquer a leurs jeux. Celui-ci vient dans les bras de sa maman et nous regarde discuter avec des grands yeux ébahis : A elles-deux, nous arrivons a communiquer facilement. Leur anglais s'additionne aux les rudiments de chinois de notre hôtesse, nous nous frayons un chemin dans une discussion de filles : cuisine, tourisme... et amours!

Au fil de la préparation et de la dégustation de ce délicieux déjeuner, nous faisons plus ample connaissance avec cette femme. Femme d'affaires, elle travaillait a Hong Kong. Cultivée, elle semble avoir énormément voyage au sein de la Chine. Une rupture brutale avec son mari l'a mene a quitter Hong Kong quelques mois seulement après la naissance de leur fils. Nous osons la question "...et tu as un nouvel ami?" - Non - personne, depuis trois ans. Personne depuis son divorce. "Mais l'enfant voit son père?" - Non!... (Pas de poursuite dans ce sens la!)

SSC_0472Elle esquisse un sourire, peut-être demain trouvera-t-elle quelqu'un? Elle se sent de nouveau prête a redémarrer une histoire. Sa copine acquiesce de la tête énergiquement - Yes! Yes! On sent le soutien moral!

Nous sommes bien loin de ce que nous avions imagine, loin de la sweet heart entretenue... Cette femme se reconstruit dans un cocon réconfortant : ses parents vivent a l'étage, sa soeur squatte régulièrement, le réseau familial de l'entraide se resserre après des temps difficiles, avant un renouveau...

Le dernier bao-je disparaît goulûment, nous avons tout mange! Elles n'ont fait que picorer. Les adieux sont chaleureux, la mayonnaise a pris. Notre hôtesse a Urumqui peut se vanter d'une nouvelle copine... chinoise!

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Autres familles chinoises :
Deuxieme enfant, bon investissement? - Kashgar
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04 juillet 2007

Deuxieme enfant, bon investissement? - Kashgar, Chine

SSC_2627Kong est un homme fier. Il a deux enfants, deux fils. Le 1er, 5 ans, est ne et enregistre a Urumqi, le deuxième, 2 ans, a Kashgar. C'est plus simple ainsi. Avec la politique de l'enfant unique on peut toujours avoir plusieurs enfants, mais il faut payer, et s'arranger... D'où les deux villes d'enregistrement, le cadet et sa mère a Kashgar, l'aine et son père a Urumqi, et nous soupçonnons Kong d'avoir déménage pour cela aussi. "Au début" nous explique il, "nous habitions a Urumqi, mais a cause de mon entreprise (agence de voyage pour alpinistes étrangers) je passais de plus en plus de temps a Kashgar, j'ai donc acheté cet appartement et nous y sommes 6 mois par an". Mythe, réalité? L'organisation est donc faite pour l'arrivée du deuxième enfant, arrivée surprise nous dit Kong. "Ma femme m'a appelé pour me dire qu'elle était enceinte.

"- Qu'est ce qu'on fait?
- On le garde!"

Nous aimons beaucoup les enfants. Nos deux fils sont notre grande richesse. Le prix a payer est lourd, maisSSC_0493 nous sortons gagnants. En plus, notre deuxième fils est très intelligent, très vif. Nous sommes très fiers." Kong et Yuan sont chanceux, ils ont deux fils. Certains de leurs amis ont payé, mais ont eu deux filles. " La fille en Chine n'est pas considérée comme de la famille, étant donné qu'elle partira un jour dans sa belle-famille... Mais nos amis aiment beaucoup leurs deux filles."

Dans ce contexte, quelle part laisse-t-on aux avortements? Il est interdit de connaître le sexe de l'enfant, du moins pas avant le 8ème mois au moins, moment ou l'on peut si l'on a des contacts bien placés avoir la réponse a la question si souvent posée. Selon Kong, les grossesses sont ultra planifiées, parfois aussi bien par le couple que par l'entreprise. Un de ses amies par exemple est tombée enceinte, mais son entreprise lui a demandé d'avorter sous peine de licenciement, évoquant une obscure règle interne selon laquelle une femme ne peut être enceinte avant 24 ans...

SSC_2629De même pour une deuxième grossesse, au Xinjiang, pour les Hans, si la femme tombe enceinte et que le couple n'a pas paye, elle est licenciée, et il est difficile ensuite de retrouver du travail...
L'enfant s'il naît ne sera pas enregistré et ne pourra donc pas aller a l'école, ni travailler...

Quelles sont les conséquences d'une telle politique? Au niveau démographique, les chiffres sont encore trop neufs pour être analysés, mais au niveau  psychologique, nous avons rencontré plusieurs chinois qui remettaient en cause l'éducation dispensée aux enfants uniques, toute l'attention étant reportée sur eux. Le niveau de vie familial est meilleur, l'enfant est donc gâté, pourri, incapable de se débrouiller... La cellule familiale se referme sur ces enfants, centre du monde, richesse, investissement. Avoir un fils est plus rentable...

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Autres familles chinoises :
Le mystere de la chinoise du 12eme... - Urumqi
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26 juin 2007

Kara-Suu, silence - Pamir, Tadjikistan

Montagnes Pamiries, entre Alichur et Murghab, juin 2007. Il est 14 heures. La voiture qui nous avait prises en stop nous a laisse la, a 55 km de Murghab. Nous voulions marcher un peu pour profiter de ce paysage a couper le souffle…

Le soleil tape. Pas de voiture a l‘horizon. Nous marchons depuis bientôt 10 km.

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Le soleil tape. Pas de voiture a l’horizon. Nous marchons depuis bientôt 20 km.

Aucun bruit dans cette immensité, bien que de temps en temps un oiseau brise le silence… Nous avons rencontré 2 voitures en 5 heures. Il y aurait une yourte a 4 km. Derniers km qui sont les plus difficiles, les sacs sont si lourds.

Au bord de la route nous attend Ulumbeck, accompagné de son beau frère, et de ses jumelles. Il nous a vu de loin, nous propose de dormir chez lui. Sauvées! La nuit tombe…

La maison est petite, habitée par 4 frères qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Toques blanches, manteaux, ils se préparent a aller a la mosquée. Ça sera pareil le lendemain matin. Famille très pieuse, ou rôle particulier dans la vie sociale du village? SSC_2379

Le père est décédé, la mère porte sur son visage le poids des années. Dans cette ambiance si masculine, une jeune femme, épouse du deuxième frère, nous sert du thé et de l’ayran, yaourt frais fait maison. Fuyante, ou indifférente aux touristes que nous sommes... Ce rapport femmes - femmes  est souvent difficile, nous sommes invitées par les hommes, notre statut est différent du leur.

La maison est chuchotante, personne ne parle vraiment. Épuisées, nous ne posons pas de questions. C'est plus tard, alors que tout le monde est couché, que nous parviennent les éclats de rire des deux frères et de la belle soeur. Complicité qui rajeunit cette maison que nous trouvions bien calme…

Ce village kirghize niché au coeur du plateau Pamir, Tadjikstan, vit comme tant d’autres, sans électricité ni eau courante. La ou il y a de l’eau, il y a de la vie, nous l’avons appris assez vite. Le village s’endort, éclairé a la lueur des lampes a pétrole….

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Nous partons le lendemain pour Murghab avec le beau-frère. Sanglées sur le side car, a 20 centimètres du sol, la route défile, impressionnante. Nous ne quitterons cependant pas cette ambiance si étrange aujourd’hui. Murghab est vide, triste, désolée. Les bâches entourant les stands du bazaar claquent au vent, il n'y a ni marchand, ni clientèle. Peu de choses poussent a 4000 mètres d’altitude, et les 100% de chômage n’engagent pas a la dépense…

Nous fuyons ces montagnes silencieuses si brûlantes, pour aller nous réfugier dans les plaines kirghizes….


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Autres familles tadjikes :
Murodkhon, Mariage a l'aveuglette - Khojand
Chez Alif, Famille? - Tavildara
Les gens des montagnes - Khragush

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25 juin 2007

Les gens des montagnes - Khargush, Tadjikistan

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Ils marchent. Ici pas de voitures, ni de transports en commun. Quand nous passons en van au poste de contrôle, ils sont trop heureux de pouvoir partager notre route. 7 jours qu'ils marchent, dormant sur le bas-côté, emmitouflés dans leurs vestes trouées, sans sacs et en sandales, et ils comptent encore au minimum 3 jours pour parcourir les 100 km restants. La marche dans cet univers désole mais si beau, montagnes caillouteuses a 4500 m d'altitude, paysage lunaire brûlé par le soleil, ou rien ne pousse... Les troupeaux y sont pourtant en pâturage, il y étaient d'ailleurs, ces 6 jeunes et moins jeunes que nous croisons sur la route, ils rentrent maintenant chez eux. " Mais pourquoi ils marchent? - Pour aller quelque part!"

Nous cherchions a aller jusqu'à la prochaine ville, Langar, et nous nous enquérions donc d'une voiture a la fin du bazaar d'Ishkashim. Nous y avions rencontre Rahmabeck, qui va plus loin avec sa Toyota, dans un petit village nomm Khargush, a 300 km de la, a 4500 m d'altitude, pour le travail, nous dit il. Il nous propose de nous emmener, de passer un ou deux jours la bas avant de repartir en s'arrêtant dans les villages que nous voulions traverser. Conciliabule cousinal... C'est ok.   

La Toyota est en fait un minibus, Rahmatbeck n'est pas seul comme nous l'avions imaginé mais armé de 3 compères, son "frère" et les deux frères, Alik et Said. Leur travail? Ils sont policiers, braconniers a leurs heures perdues, et partent chasser le Marco Polo, ce fameux mouton sauvage aux cornes recourbées qui gambade la haut dans les montagnes, la ou les cimes touchent le ciel. La voiture est aussi pleine de ces gens qui attendaient un moyen de rentrer chez eux... Les voitures sont rares et l'essence est chère, très chère.

Nous passons donc 4 jours avec eux, 4 jours intenses en découvertes, en rencontres, au bord de la frontière afghane. Communauté d'amis, famille ( ils s'appellent tous "frères") ou la hiérarchie est établie mais subtile, il nous faudra 4 jours entiers pour le découvrir. C'est sur cette route, la ou le mot route n'a plus vraiment de sens, car plus vraiment d'utilité - en 4 jours nous rencontrerons 8 personnes et 1 voiture - que nous passons ces jours. Le temps s'écoule, a l'infini, nous sommes réglés par le jour et la nuit, cette amitié si forte qui grandit, les visites a ces familles qui nous nourrissent de lait, crème et yaourt produits par leurs troupeaux des montagnes.

Vie ascétique, transhumance. Dénuement le plus total. Nous avions de rares photos, volées lors d'instants privilégies, elles ont disparues dans le néant informatique lorsque notre disque dur a rendu l'âme, pied de nez a notre suréquipement parmi ces gens qui vivent de rien...

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Autres familles tadjikes :
Murodkhon, Mariage a l'aveuglette - Khojand
Chez Alif, Famille? - Tavildara
Kara-Suu, silence - Montagnes Pamiries

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